Wansee, Berlin

Le 20 janvier 1942, se tenait à Wansee, en banlieu de Berlin, une conférence qui allait sceller le sort de millions de gens, pour la grande partie les Juifs. Comme il s'agit d'une réunion destinée à discuter de la mise en oeuvre d'une décision déjà prise au niveau politique, les participants qui sont les invités de Heydrich, le bras droit de Himmler, sont tous parmi les plus hauts fonctionnaires du Reich. Adolf Eichmann, chef du bureau IV B-4, Josef Bühler, gouvernement général de Pologne (Hans Frank), Roland Freisler, ministère de la justice, Otto Hofmann, bureau pour la race et le peuplement,Gehrard Klopfer, secrétaire de la chancellerie, Friedrich Wilhelm Kritzinger, secrétaire de chancellerie, Rudolf Lange, chef du SD Lettonie, Georg Leibbrandt, ministère des territoires occupés de l'Est, Martin Luther, ministère des affaires étrangères, Alfred Meyer, gauleiter de Westpalie, Henrich Muller, chef de la Gestapo, Erich Neumann, du plan quadriennal de Goering, Karl Eberhard Schöngarth, chef du SD au gouvernement de Pologne et finalement, Wilhelm Stuckart du ministère de l'intérieur.

Tout ce beau monde était réuni pour discuter du problème juif et aucun des participants n'ignoraient de quoi il retournait même si on utilisait des termes vagues pour parler du déplacement des Juifs vers l'Est. Il était clair que l'on voulait faire travailler les plus forts jusqu'à épuisement et ''traiter'' les autres de façon appropriée. Selon les chiffres que Heydrich produisit à la réunion, ils allaient se trouver après les conquêtes envisagées avec au moins onze millions de Juifs dont il fallait s'occuper. Il n'y a pas eu une conférence aussi sadique dans toute l'histoire de l'humanité. Nous sommes au début de 1942 et malgré une halte devant Moscou et une contre-attaque soviétique, ces messieurs croient en la victoire finale et doivent résoudre le problème juif. Pour les négationnistes, la conférence n'a porté que sur l'évacuation des Juifs vers l'Est et non sur leur extermination ; les propos de Heydrich sur le sort qui attend les personnes évacuées sont pourtant clairs. Je le cite : ''Au cours de la solution finale, les Juifs de l'Est devront être mobilisés pour le travail avec l'encadrement voulu. En grandes colonnes de travailleurs, séparés par sexe, les Juifs aptes au travail seront amenés à construire des routes dans ces territoires, ce qui sans doute permettra une diminution naturelle substantielle de leur nombre. Pour finir, il faudra appliquer un traitement approprié à la totalité de ceux qui resteront, car il s'agira évidemment des éléments les plus résistants, puisque issus d'une sélection naturelle, et qui seraient susceptibles d'être le germe d'une nouvelle souche juive, pour peu qu'on les laisse en liberté.'' Fin de la citation. Aucun des participants n'a pu ne pas comprendre la teneur des propos d'Heydrich.  Son exposé dura près d'une heure. Suivent ensuite une trentaine de minutes de questions et de commentaires, suivis par quelques conversations informelles centrées, d'après le témoignage d'Eichmann, sur les méthodes de tuerie. Les Einzastgruppen avaient déjà commencé le travail en Pologne et il fallait le continuer de façon plus ''fonctionnel'', après tout il était épuisant pour ces hommes et moralement dur de tuer froidement. '' En mars 1942, la connaissance de la solution finale a pénétré profondément, bien que de manière inégale, au sein de la bureaucratie allemande où cette information suscite une volonté de contribuer, selon les termes de Rosenberg, à la tâche historique que le destin a confié à l'Allemagne nazie.'' Malheureusement, la guerre ne prendrait fin qu'en 1945 et ces anges de la mort qui discute sur ce sujet qui leur semble naturel et pourtant effrayant, parviendront à tuer tant de gens avant que le glas sonne pour ce régime maléfique.